Un palmier-dattier s’installe dans les douves du Château, là où se dressait autrefois la tour des Espagnols, détruite par une violente explosion en 1800.

Comme l’oiseau phénix renaissant de ses cendres, dont il porte le  nom latin (Phoenix dactylifera), cet arbre surgit sur ces vestiges traumatiques telle une figure de résurgence. Il incarne un symbole de transformation et de victoire de la vie sur le temps. Le palmier aux multiples charges symboliques traverse les imaginaires et les continents. 

Il porte aussi en lui la mémoire des routes coloniales qui ont mêlé, dans un même mouvement, le voyage forcé des plantes et la traite des êtres humains. 

Louis Guillaume travaille avec les matières vivantes qu’il collecte au fil de ses explorations. Pour cette installation, il dialogue avec l’architecture même du Château. Le tronc du palmier reproduit les motifs des vitraux, tandis que ses palmes reprennent, à grande échelle, la voûte en palmier de l’escalier de la Couronne d’or, chef-d’œuvre du gothique flamboyant. 

Le titre de l’œuvre provient d’un texte du duc François II de 1466 : Nostredict país. Louis Guillaume y lit une douce ironie : « notre soi-disant pays ». Une façon de rappeler que ce territoire s’est construit sur des rencontres et des influences venues d’ailleurs. 

L’installation repose sur une alliance entre matériaux naturels et manufacturés. La résine de pin, récoltée par gemmage, est au cœur de l’installation. Captant la lumière, elle encapsule des traces du passé. Les cordages, issus d’un travail artisanal répétitif, tissent un réseau qui maintient l’ensemble. La tension du motif et du tissage fait tenir ce nouvel écosystème en place, où viendront peut-être nicher de futurs habitants. 

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Inviter Louis Guillaume pour évoquer le thème de la terre relevait de l’évidence, tant sa pratique explore les cycles du vivant. Pour récolter des matières, il parcourt une grande diversité de territoires, des espaces végétaux préservés aux parterres fleuris des villes. De ces explorations naissent ses recherches plastiques. Beaucoup des espèces collectées sont originaires d’autres régions du monde, introduites localement à des fins ornementales comme la Stipa tenuissima venue d’Amérique centrale, l’acanthe du bassin méditerranéen ou encore l’agapanthe d’Afrique du Sud.

Les matières qu’il sélectionne sont le fruit de rencontres fortuites, guidées par un regard attentif et éveillé. Chacune est choisie pour ses qualités plastiques propres. Au fil du contact avec l’artiste, la matière révèle alors son histoire, sa plasticité et sa capacité d’adaptation ; la mémoire qu’elle porte en elle. L’artiste s’inscrit dans un rapport de réciprocité : la matière suggère, le temps façonne formes et couleurs et de cette interaction naît un récit commun, une relation qui s’enrichit sur le temps long.

Dans les douves, Louis Guillaume s’est d’emblée tourné vers l’ancien emplacement de la Tour des Espagnols. Cette Tour fut successivement prison puis poudrière avant qu’une violente explosion, le 25 mai 1800, ne vienne la détruire. L’événement marqua profondément la population nantaise et amorça le démantèlement progressif du château en tant que lieu d’armes et bastion militaire.

Sur ces vestiges, aujourd’hui, renaît un palmier dattier. Comme une résurgence1 face à ces événements, le palmier (Phoenix dactylifera) — dont le nom même évoque l’oiseau mythique renaissant de ses cendres — apparaît comme un symbole de trêves, de changement, d’abandon, mais également comme une figure de mémoire et de résilience du végétal. « Le palmier, en dernière instance, signifie la victoire sur le temps, la victoire de la vie. »

Notre dit pays, titre de l’œuvre, fait référence à une formulation d’un Mandement de François II datant de 1466 évoquant l’importance de la reconstruction du Château. Cette formule (Nostredict país), issue du vieux français, renvoie pour Louis Guillaume à un esprit de propriété et un état de droit. L’artiste y perçoit une ambiguïté sémantique, allant jusqu’à la lire comme un « notre soi-disant pays ». Cette interprétation, où Nostredict suggère une prise de distance, ouvre la voie à une compréhension plus critique et presque ironique de la formule. C’est dans cette perspective axiologique (ou d’histoire des valeurs) qu’il choisit d’envisager cette expression, en lui conférant une dimension plus poreuse et inclusive, rappelant la richesse des influences ethniques et culturelles sur lesquelles s’est construit l’ancien Royaume.

Arbre de l’Orient, figure biblique ou évocation des îles paradisiaques, le palmier a tant traversé les imaginaires collectifs et les continents qu’il est aujourd’hui difficile de déterminer où débuta sa domestication. En ce qui concerne cette œuvre, le palmier s’inscrit dans l’histoire du Château puisque sa forme s’est imposée à partir des éléments de son architecture. De fait, son stipe (son « tronc ») reproduit des motifs des vitraux du Château. Quant aux palmes, elles reprennent à plus grande échelle le dessin de la voûte en palmier de la tour de la Couronne d’or, chef-d’œuvre du gothique flamboyant. En transposant ces éléments architecturaux, Louis Guillaume révèle que l’Histoire forme un seul et même tissu de pensées, un écosystème continu où tout se traverse et se répond, du végétal à l’humain dans un cycle continu.

La résine de pin est le matériau-clé de l’installation. Récoltée par gemmage (incision de l’écorce du pin maritime Pinus pinaster dans la forêt des Landes), cette matière est sécrétée par le pin lorsqu’il est blessé. Elle le protège, le soigne. Elle devient ici l’onguent qui soigne l’arbre, la tour, et l’histoire du monument.

L’installation repose sur une alliance assumée entre éléments naturels et manufacturés. Métal, résine de pin, fibres de chanvre et cordages cohabitent. Le métal est la partie qui structure et soutient — elle est la logique, la géométrie humaine, que l’on retrouve au cœur des structures végétales. La résine, elle, capte la lumière. Elle est fragile et se présente comme des milliers de fragments de vie et de mémoires. Des végétaux piégés, aux visages incrustés, elle encapsule
la mémoire enfouie, le temps scellé. Les cordes représentent le travail des artisans à l’atelier, la répétition et le savoir-faire d’une tâche qui crée ce réseau essentiel à la soutenabilité de l’œuvre et des plaques de résine. La tension du motif et du tissage fait tenir ce nouvel écosystème en place ou viendront peut-être nicher de futurs habitants.

Louis Guillaume, Notre dit pays, Enluminure de Suzelle Corvaisier

Louis Guillaume est né en 1995 à Rennes, il vit et travaille à La Rochelle.
Il est représenté par la Galerie Traits libres, Paris.
Voir le compte Instagram de l’artiste.

Assistants de Louis Guillaume : Camila Proto, Jeanne Larnaudie, Pierre Grange

Le Château des ducs de Bretagne

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