Comme des architectures primitives, Les Mistériennes renvoient à la fois à la monumentalité des civilisations anciennes et à une fragilité organique, mémoire paysanne transposée dans un paysage exotique.
Le Jardin extraordinaire est aménagé dans une ancienne carrière de granit désaffectée, la carrière de Miséry. Avec son imposante cascade et sa végétation luxuriante, constituée de plus de 200 espèces végétales, le jardin tente de recréer l’univers féerique des « Voyages extraordinaires » de Jules Verne.
Le Voyage à Nantes y a invité l’artiste Barbara Schroeder, dont la démarche autour du travail de la terre révèle ce qui est invisible, les végétaux qui la constituent et les humains qui la travaillent.
Barbara Schroeder a fait de la bouse de vache son médium de prédilection et initie depuis plusieurs années un projet de création autour de ce matériau, qu’elle appelle « le cycle Mistérien ».
Constituées de bouse de vache mélangée à de la terre, de la ouate et du ciment, Les Mistériennes forment six colonnes monumentales qui conservent l’empreinte des feuilles des essences les plus remarquables du site. Chacune porte le nom de certaines vaches du troupeau ayant fourni la matière : Pupille, Rébéca, Rozi, Ange, Lune et Mimi.
Dans leurs fissures et cavités, mousses et plantes forment des jardins miniatures entre sculptures et biotopes.
Le Jardin Extraordinaire est aménagé dans une ancienne carrière de granit désaffectée, la carrière Miséry. Du 16e au 20e siècles, elle a alimenté les chantiers de construction de la ville de Nantes. L’activité d’extraction cesse en 1915, tandis que parallèlement, dès 1900, les Brasseries de la Meuse s’installent sur une partie du site et demeurent en fonctionnement jusqu’en 1985. Le site est ensuite progressivement démantelé et devient une friche.
La Ville de Nantes acquiert la parcelle de 3,5 ha en 2005. Sa métamorphose débute en 2019 avec l’ouverture au public de la partie ouest du jardin pour s’étendre en 2025 à la partie est.
Avec son imposante cascade et sa végétation luxuriante, constituée de plus de 200 espèces végétales, le jardin tente de recréer l’univers féérique des Voyages extraordinaires de Jules Verne et notamment les descriptions de L’Île mystérieuse (1874).
Au sein de ce jardin, conçu et entretenu avec passion par les équipes de la Direction Nature
et Jardins de la métropole, le Voyage à Nantes a invité l’artiste Barbara Schroeder, dont la démarche autour du travail de la terre révèle ce qui est invisible, les végétaux qui la
constituent et les humains qui la travaillent.
La terre est au cœur du cycle de nos vies et, pour l’artiste, un environnement familier — elle a grandi à la campagne en Allemagne et vit aujourd’hui au cœur des vignobles bordelais. C’est pourquoi les paysans, qui sont les artisans de son entretien, sa structure, sa survie, sont au cœur de son travail.
Depuis sa découverte des bouses de vaches en 2020 dans la vallée de l’Aspe, Barbara Schroeder s’intéresse à cette matière particulière dont l’odeur et la consistance sont, de prime abord, repoussantes, et qui est souvent considérée comme un déchet.
Pourtant, cette matière a de multiples usages : utilisée depuis toujours pour bâtir, chauffer et fertiliser, elle sert également de manière ancestrale à la construction, notamment du fait de ses propriétés isolantes. En Inde — où l’artiste s’est rendue pour en connaître les usages — la bouse de vache est ancrée dans la spiritualité et la vie quotidienne, utilisée en particulier comme un agent purificateur pour les pratiques rituelles. Elle porte enfin souvent une symbolique apaisante : souvenirs d’une étable chaude, du son du ruminement, du foin, …
Barbara Schroeder a ainsi fait de la bouse de vache son médium de prédilection et initie depuis plusieurs années un projet de recherche et de création autour de ce matériau, qu’elle appelle « le cycle Misterien » (l’expression est constituée d’un jeu de mots franco-allemand entre « Mist », qui signifie fumier et « ist », qui veut dire « est »). Elle le mène dans le cadre de performances et de formes artistiques pluridisciplinaires.
Barbara Schroeder travaille avec ce matériau dont elle apprend peu à peu à apprivoiser les propriétés plastiques. Donner forme à cette matière est une aventure quotidienne de création, qui emprunte une démarche empirique. Entre ses états liquides et secs, l’artiste doit intervenir à des moments-clés de métamorphose du matériau.
Elle a ainsi réalisé ces dernières années de nombreuses sculptures et installations à base de ce matériau, parmi lesquelles : Le Banquet, une installation participative qui invite les habitants d’un lieu à apporter des objets du quotidien chargés de mémoires personnelles (tasse, assiette, carafe, chandelier, etc.) que l’artiste recouvre de bouse de vache locale et qui voyage de lieu en lieu en s’accroissant toujours davantage d’objets et de souvenirs ; Aufbau (construction), installation constituée de multiples et petites formes géométriques en bouse de vache, qui reprend le principe des jeux de construction en bois utilisés par les enfants ; ou encore Temple of Seeds (temples de graines) sculptures à base de bouse de vache et de graines provenant du monde entier.
Dans la continuité de l’œuvre Temple of Seeds, l’œuvre Les Mistériennes créée pour le Voyage à Nantes est un hommage à la diversité du vivant et à la luxuriance du Jardin Extraordinaire.
À l’automne 2025, avec l’aide des jardiniers, l’artiste a récolté un ensemble de feuilles et de graines parmi les essences les plus remarquables et spectaculaires du jardin.
Séchées pendant plusieurs semaines dans un immense herbier, elles ont ensuite été insérées dans des coffrages, dans lesquels de la bouse de vache a été mélangée à de la terre, de la ouate et du ciment pour former six colonnes monumentales. Chacune porte le nom de certaines vaches du troupeau ayant fourni la matière : Pupille, Rébéca, Rozi, Ange, Lune et Mimi. Pour mener à bien ce projet, Barbara Schroeder a en effet sollicité le concours d’un agriculteur local, Gwenaël Juteau de la ferme Landes des épinettes à Mauves-sur-Loire, qui a fourni la bouse de vache habituellement utilisée comme engrais pour ses champs.
Une fois décoffrées après plusieurs mois de séchage, les sculptures gardent l’empreinte des feuilles de ces plantes, comme si la matière avait fossilisé la mémoire végétale. Elles s’offrent ainsi comme un inventaire de la diversité du jardin.
Ces monuments à l’apparente fragilité se transforment aussi en architecture vivante, conjuguant fertilité, mémoire et potentialité. Enfermées dans la matière organique, les graines transforment chaque colonne en organisme latent, porteur d’un avenir végétal. Dans leurs fissures et cavités, mousses et plantes trouvent place : chaque faille devient un jardin miniature entre sculpture et biotope.
Comme des architectures primitives, les Mistériennes renvoient à la fois à la monumentalité des civilisations anciennes et à une fragilité organique, mémoire paysanne transposée dans un paysage féérique. Leur hauteur, de trois ou quatre mètres selon leur emplacement, leur confère une échelle monumentale mais encore humaine, tandis que leur diamètre étroit, de 40 cm, accentue la tension entre puissance et précarité.
Le chiffre six inscrit une géométrie cardinale ouverte : six directions pour orienter le regard et le corps, six balises pour rythmer la déambulation entre falaises, cascade et jungle végétale. Les colonnes, légèrement en retrait des chemins, invitent à la contemplation plutôt qu’au contact. Leur implantation suit les univers du Jardin Extraordinaire — fougères arborescentes, hostas géants, bananiers, rhubarbe du Brésil, lotus, hibiscus — et dialogue avec cette luxuriance.
Le choix de la bouse de vache — matériau humble, nourricier et fertile — entre en résonance avec l’esprit du lieu : une carrière industrielle devenue sanctuaire végétal.
Elles évoquent à la fois la verticalité minérale des falaises, les piliers disparus de l’ancienne brasserie et des architectures improbables, nées de la rencontre entre imagination, nature et matière brute.
Barbara Schroeder (née en 1965 à Kleve, Allemagne) vit et travaille à Teuillac, dans la région bordelaise.
Voir le compte Instagram de l’artiste.
Le Voyage à Nantes remercie la Direction Nature et Jardins de la Ville de Nantes et, en particulier, Romaric Perrocheau, Franck Leminoux et Catherine Herbette.
Remerciements à Gwenaël Juteau de la ferme Landes des épinettes à Mauves-sur-Loire.
4 juillet 2026
Ouvert en nocturne pour la nuit du Van
Entrée libre jusqu’à 20h

Terres Mêlées
En écho à son installation Les Mistériennes, la galerie Mélanie Rio Fluency accueille Barbara Schroeder pour une exposition évènement.
Vernissage et performance le 2 juillet à partir de 18h
Ouvert les 3, 4 et 5 juillet de 14h30 à 18h30
La galerie invite ainsi à la découverte des multiples facettes du travail de l’artiste avec une sélection d’oeuvres allant de l’installation à la sculpture en passant par le dessin et la performance.
GALERIE MELANIE RIO FLUENCY
3, place Albert Camus, 44200 Nantes
www.rio-fluency.com
À voir à proximité
Jardin Extraordinaire, 1 Quai Marquis d'Aiguillon, 44100 Nantes
Comment s'y rendre ?
Transports en commun : Carrière Misery, Bougainville, Lusançay, Lechat
Vélos en libre service : Station Naolib Vélo libre-service Carrière misery (n°28), Station Naolib Vélo libre-service Garennes (n°106)
Fermé aujourd‘hui
Du 4 juillet 2026 au 6 septembre 2026
de 08h30 à 20h00 les lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi, samedi, dimanche