Frac des Pays de la Loire, Carquefou
Née d’un souhait de renouveler les collaborations historiques entre leurs collections, le Musée d’arts de Nantes et le Frac Pays de la Loire conçoivent ensemble une exposition croisée qui prend corps dans les deux institutions.
Intitulée Plants and People, elle met en regard des oeuvres historiques et contemporaines — photographies, dessins, sculptures, peintures — explorant la place du vivant dans notre rap-port au monde. Elle envisage deux approches complémentaires : le végétal au Musée d’arts de Nantes et l’animal au Frac à Carquefou.
Cette collaboration, entre les deux institutions, qui prend tout son sens dans un contexte où les équilibres culturels demeurent fragiles, témoigne aussi de l’engagement constant de Nantes à soutenir les acteurs artistiques du territoire et à encourager des propositions accessibles à tous les publics.
L’exposition présentée au Musée d’arts de Nantes explore les notions de conservation et de préservation à travers la méta-phore du végétal. Au centre, l’oeuvre de l’artiste ukrainienne Alevtina Kakhidze, Invasions, relie la prolifération des plantes invasives aux logiques de conquête humaine, évoquant subti-lement les blessures invisibles de la guerre. Plaidoyer poétique et pacifique, Plants and People réunit des oeuvres qui interro-gent les tensions entre fragilité et résistance, disparition et mémoire.
Le parcours s’ouvre sur les herbiers du Jardin des Plantes de Nantes (18ᵉ–21ᵉ siècle), témoins à la fois scientifiques et sen-sibles du désir de retenir ce qui se fane. Cette réflexion sur l’impermanence se prolonge dans les oeuvres de Patrick Neu, avec Iris, ou Guillaume Janot avec Urban species. Wild puppy, tandis qu’Elena Brotherus juxtapose beauté et asphyxie dans une photographie poignante où son visage se cache sous un sac plastique au milieu d’un champ de tournesols (Portrait Series – Gelbe Musik with Sunflowers).
En contrepoint, Jean-Baptiste Ganne confronte, avec Windhandel (Amsterdam 1637/Athens 2008), l’ornement floral et la révolte politique, tandis que David Ryan, avec Le Chasseur de Trèfles, et Marie Denis, avec Le Divan, inscrivent la nature au coeur d’histoires personnelles. Le végétal se déploie aussi sur les estampes de Max Ernst ou de Raoul Dufy. Deux oeuvres vidéo encadrent l’ensemble de ce paysage en déséquilibre : dans Jardin égaré de Jean-Claude Ruggirello, un amandier en fleur déraciné suspendu à l’horizontal tourne lentement. Rose Lowder, à l’inverse, filme de très près les fleurs, dans une chorégraphie lumineuse du vivant, célébrant sa beauté fragile.
Deux oeuvres majeures font basculer la réflexion vers un autre régime de présence, celui du corps en contact direct avec la nature : Terre protégée III de Gina Pane, geste radical d’inscription du corps dans la terre, et Alpi Marittime de Giuseppe Penone, dialogue intime entre une main humaine et la croissance d’un arbre. Elles ouvrent une transition vers une autre géographie — plus aride, plus grave — où le lien à la terre n’est plus celui de la fusion, mais celui de la perte, de l’exploitation, de la destruction. L’accrochage met alors en regard les cicatrices terrestres photographiées par Sophie Ristelhueber et les paysages miniers éventrés de David Goldblatt, témoins d’injustices et d’épuisement des ressources.
À travers ces oeuvres, Plants and People interroge ce qu’il reste à préserver quand le vivant est déjà entamé. L’exposition, loin de proposer un récit linéaire ou nostalgique, invite à une lecture traversée par les tensions de notre époque : celle du rapport au vivant, de la mémoire abîmée, des gestes fragiles posés sur un monde instable.
L’animal au Frac à Carquefou
Du 30 janvier au 26 avril 2026
Au Frac, le versant animal de l’exposition se déploie autour du thème de la vulnérabilité. Avec Bestiary du collectif indien Raqs Media Collective. Des silhouettes dorées de créatures animales menacées ou disparues dressent l’inventaire mélancolique d’un monde en péril, rongé par l’urgence écologique.
Cette méditation sur l’extinction et la survie trouve un écho dans L’entrée dans l’Arche de Giovanni Benedetto Castiglione (17e s.), où le déluge biblique reflète nos inquiétudes écologiques, et dans le Simurgh réinventé par Slavs and Tatars, créature chimérique mythique et immortelle qui traverse les époques pour interroger la mémoire des catastrophes passées. L’exposition tisse ainsi un réseau de métamorphoses, où l’homme et la bête se confondent dans un jeu de miroirs troublants. L’anthropomorphisme n’y est plus un simple procédé, mais une invitation à l’identification, une façon de sonder l’empathie là où la frontière entre « nous » et « eux » se dissout. Car si l’animal est notre double, son sort préfigure peut-être le nôtre — une fable cruelle, où la disparition n’est plus une abstraction, mais un présage.
Commissariat :
Marie Dupas, responsable de l’art contemporain du Musée d’arts de Nantes
Claire Staebler, directrice du Frac des Pays de la Loire
Vanina Andréani, responsable du Pôle Collection-Exposition du Frac des Pays de la Loire
10 Rue Georges Clemenceau, Nantes
Comment s'y rendre ?
Parkings à proximité : Parking Cathédrale, Parking Gare Château
Transports en commun : Sophie Trébuchet, Foch - Cathédrale, St-Clément
Vélos en libre service : Foch (n°32), Jardin Des Plantes (n°63), Saint Clément (n°64), Duchesse Anne (n°49), Gare De Nantes Nord (n°60), Verdun (n°48), Strasbourg (n°3), Gare De Nantes Nord 2 (n°62), Lieu Unique (n°61), Cours Sully (n°65)
Ouvert aujourd‘hui.
Du 30 janvier 2026 au 3 janvier 2027