Dans la partie récente des cryptes, l’artiste conçoit un parcours où les œuvres dialoguent avec les fondations et qui pense la cathédrale comme un vaisseau.

Sous la cathédrale de Nantes, monument en perpétuelle réinvention depuis 1434, les cryptes déploient un autre récit : socle invisible de l’édifice, lieu du temps long, de la mémoire enfouie et de la stratification. C’est dans cet espace souterrain qu’Anne-Charlotte Finel inscrit son projet pour Le Voyage à Nantes 2026.

Depuis plus de dix ans, caméra à l’œil, l’artiste arpente les zones de lisière et les espaces de l’entre-deux : entre lumière et obscurité, milieux sauvages et paysages façonnés par l’humain, vivant et machine. Ses vidéos s’attardent là où l’on ne regarde plus pour y débusquer des formes de vie tenaces.

Dans les alcôves des cryptes, le parcours se déploie comme une traversée, de la surface aux profondeurs : on descend avec la chute d’eau de La Crue (2016), on remonte à la surface miroitante de Gerridae (2020), on s’attarde devant les ciels et les architectures de Cathédrale (2019), avant de s’enfoncer sous terre avec Triste Champignonniste (2017) et Jardins (2017). À chaque palier, le rythme change ; partout, une même question demeure, celle de l’attention portée au vivant. Au cœur de l’ensemble, Atlantique (2026), œuvre inédite produite pour Le Voyage à Nantes, prolonge cette recherche à partir du territoire nantais. Tournée à l’aéroport de Nantes, la vidéo suit les buses de Harris mobilisées pour effaroucher les oiseaux gênant le trafic aérien. Embarquée à bord d’une voiture sillonnant les pistes, la caméra révèle leur ambivalence : à la fois outils de régulation et présences vivantes irréductibles à leur fonction. L’aéroport devient un territoire de négociation, lieu de contrôle où certaines formes de vie trouvent des conditions d’existence inattendues

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Commencée en 1434, traversée par près de six siècles d’histoire, transformée sous la Révolution en arsenal et en poste d’observation militaire, endommagée par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale, puis par l’incendie de 2020, la cathédrale de Nantes est un monument en perpétuelle réinvention. Dans ses sous-sols, les cryptes en déploient un autre récit : elles conservent ses fondations, son trésor (orfèvrerie, textiles liturgiques, statuaire), des tombeaux et des fragments d’architectures anciennes. Elles constituent le socle invisible de l’édifice, le lieu du temps long, de la mémoire enfouie et de la stratification.

C’est dans cet espace souterrain qu’Anne-Charlotte Finel inscrit son projet pour Le Voyage à Nantes 2026. Depuis plus de dix ans, caméra à l’œil, l’artiste arpente les zones de lisière et les espaces de l’entre-deux : entre lumière et obscurité, milieux sauvages et paysages façonnés par l’humain, règne animal et règne végétal, vivant et machine. Ses vidéos s’attardent là où l’on ne regarde plus (abords d’aéroport, sous-sols, friches périurbaines…) pour y débusquer des formes de vie tenaces et le spectacle inattendu de leur diversité. Le regard se fait patient, attentif ; le quotidien le plus banal se met alors à vibrer.

Dans la partie récente des cryptes, aménagée en alcôves comme un prolongement vertical des chapelles du chevet, l’artiste conçoit un parcours où les œuvres dialoguent avec les fondations et qui pense la cathédrale comme un vaisseau.

La Crue (2016) initie la descente souterraine : un déversoir circulaire avale l’eau dans un mouvement vertigineux, créant une chute torrentielle qui évoque à la fois un gouffre artificiel et un vortex naturel.

Dans la première alcôve, après cette plongée, Gerridae (2020) nous ramène à la surface. Filmées au moyen d’un zoom puissant, des araignées d’eau glissent sur une étendue liquide ; leurs pattes hydrophobes leur permettent de filer et de communiquer par les ondes qu’elles propagent. Lorsqu’elles s’entrechoquent, des étincelles jaillissent et, portées par la bande-son, composent une atmosphère vibrante, presque électrique. L’image, lumineuse et étincelante, bascule alors dans la science-fiction : les insectes nerveux deviennent tour à tour combattants armés ou vaisseaux s’affrontant dans l’espace.

Cathédrale (2019) marque une pause, le temps de reprendre son souffle : une raffinerie industrielle se dissout dans une fumée bleutée avant de réapparaître sous forme de tours et de clochers gothiques. Les silhouettes industrielles et religieuses se superposent, révélant des continuités inattendues entre architecture sacrée et infrastructures énergétiques, en écho au lieu qui accueille l’exposition.

Au cœur de cet ensemble, Atlantique (2026), œuvre inédite produite par Anne-Charlotte Finel pour Le Voyage à Nantes, approfondit la démarche de l’artiste à partir du territoire nantais. Tournée à l’aéroport de Nantes, la vidéo suit les buses de Harris mobilisées comme agents d’effarouchement des autres oiseaux, afin qu’ils ne gênent pas le trafic aérien. La caméra, embarquée à bord d’une voiture sillonnant les pistes, suit le rapace véhiculé en compagnie de son dresseur dans des plans évoquant des travellings cinématographiques. Associées à un dispositif technique complexe (fusées sonores, appeaux électroniques, véhicules de surveillance), les buses révèlent leur ambivalence : à la fois outils de régulation et présences vivantes irréductibles à leur fonction. Autrefois fondées sur l’élimination, les pratiques d’effarouchement ont évolué vers une gestion plus fine du vivant ; comprendre les trajectoires, adapter les milieux, composer avec les espèces. L’aéroport devient ainsi un territoire de négociation, lieu de pollution et de contrôle, mais aussi espace où certaines formes de vie trouvent des conditions d’existence inattendues.

Au terme de cette déambulation entre surface et profondeur, la dernière alcôve s’enfonce sous terre. Avec Triste Champignonniste (2017), l’artiste filme une champignonnière installée dans une ancienne carrière souterraine de gypse, dont une maladie a condamné la culture, laissant un paysage confiné et désolé. Les images en noir et blanc, parfois rehaussées d’un jaune chrome, rendent compte d’une nature corrompue qui se fond peu à peu dans la minéralité de son environnement. Présenté en double projection, ce diaporama à la beauté malade et venimeuse, prolongé par les échos et les bruits de prolifération de la bande-son, évoque autant des explorations sous-marines que la zone d’exclusion de Tchernobyl ou le Stalker (1979) de Tarkovski.

Enfin, Jardins (2017) explore un autre milieu souterrain et clos, mais cette fois habité. C’est dans une station de métro – la Gare de Lyon à Paris, dont les quais de la ligne 14 abritent sous serre un jardin botanique et tropical de 400 m2 – qu’Anne-Charlotte Finel traque les manifestations d’une présence végétale. Ses images fixes, empruntant à la nature morte comme aux planches botaniques du 19ᵉ siècle, composent un camaïeu de noir, de gris et de marron qu’avivent par éclats des couleurs vives ; rames, ombres de marcheurs et lumières clignotantes y rompent çà et là l’illusion d’une nature sauvage. À la bande-son d’ambiance diffusée dans la station répond la beauté paradoxale de la vidéo : maintenir l’illusion d’une nature bien vivante sans dissimuler la sensation mortifère qui s’en dégage.

D’alcôve en alcôve, l’exposition se parcourt comme une traversée des strates du monde. À chaque palier, le rythme change : tantôt vertigineux et nerveux, tantôt suspendu, presque immobile, comme accordé au temps long des cryptes. D’un bout à l’autre, une même question demeure, celle de l’attention : regarder, guetter, veiller ce vivant qui persiste partout, sous les infrastructures et au creux des architectures humaines.

Anne-Charlotte Finel est née en 1986 à Paris, où elle vit et travaille.
Elle est représentée par la galerie Jousse Entreprise, Paris.
Voir le compte Instagram de l’artiste.

 

Le Voyage à Nantes remercie le diocèse de Nantes et la DRAC Pays de la Loire pour leur accueil.

L’œuvre Atlantique a été tournée à l’aéroport Nantes-Atlantique, géré par VINCI Airports. Nantes-Atlantique est le seul aéroport civil en France à disposer de sa propre fauconnerie. Les rapaces sont dressés pour chasser les autres oiseaux et garantir ainsi la sécurité des avions.

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