Dans la pénombre des cryptes, ces images de cohabitation et de veille répondent aux fondations silencieuses qui les accueillent.
Sous la cathédrale de Nantes, les cryptes conservent les fondations d’un édifice traversé par près de six siècles d’histoire : transformé en arsenal sous la Révolution, endommagé par les bombardements de 1943, puis par l’incendie de 2020. Lieu du temps long et de la mémoire enfouie, cet espace souterrain accueille une exposition de vidéos d’Anne-Charlotte Finel, accompagnée d’une composition sonore du musicien électronique Voiski.
Depuis plus de dix ans, l’artiste porte un regard sensible sur les territoires périurbains, ces zones où coexistent infrastructures humaines et faune méconnue. Ses vidéos font surgir l’étonnant dans le banal : vitesse, surveillance, production énergétique entrent en tension avec un bestiaire discret dont les comportements évoquent parfois ceux de la machine. Une raffinerie se métamorphose en cathédrale gothique. Un papillon au vol stationnaire dialogue avec des avions filmés de nuit. Dans cet espace, la cathédrale devient vaisseau, sentinelle.
Parmi ces six oeuvres, Atlantique est une création inédite produite pour Le Voyage
à Nantes, tournée à l’aéroport de Nantes. La vidéo suit des buses de Harris, rapaces mobilisés comme agents d’effarouchement sur les pistes.
À la fois outils de régulation et présences vivantes irréductibles à leur fonction, ils révèlent l’aéroport comme espace liminal : zone de contrôle sécurisée, mais aussi territoire où certaines formes de vie trouvent des conditions d’existence inattendues.
Dans la pénombre des cryptes, ces images de cohabitation et de veille répondent aux fondations silencieuses qui les accueillent.
Sous la Cathédrale de Nantes, les cryptes déploient un autre récit de l’édifice. Commencée en 1434, traversée par près de six siècles d’histoire, transformée sous la Révolution en arsenal et poste d’observation militaire, endommagée par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale puis par l’incendie de 2020, la cathédrale est un monument en perpétuelle réinvention.
Les cryptes conservent ses fondations, son trésor (orfèvrerie, textiles liturgiques, statuaire), des tombeaux et des fragments d’architectures anciennes. Elles constituent le socle invisible de l’édifice, le lieu du temps long, de la mémoire enfouie et de la stratification.
C’est dans cet espace souterrain qu’Anne-Charlotte Finel inscrit son projet pour Le Voyage à Nantes 2026.
Depuis plus de dix ans, l’artiste développe une œuvre vidéo attentive aux paysages périurbains, territoires où coexistent infrastructures humaines et bestiaire méconnu, dont les facultés se confondent parfois avec celles de la machine. Vitesse, surveillance, production énergétique : autant de mécanismes stratégiques et de contrôle, en tension avec le contexte plus prosaïque dans lequel cette puissance se déploie. Le quotidien s’extrait de sa banalité, par le regard sensible porté par Anne-Charlotte Finel sur des environnements à la marge qui offrent l’étonnant spectacle de la diversité.
Dans la partie récente des cryptes, aménagée en alcôves comme un prolongement vertical
des chapelles du chevet, l’artiste conçoit un parcours où les oeuvres dialoguent avec les fondations et qui pense la cathédrale comme un vaisseau et une sentinelle.
La Crue (2016) initie la descente souterraine : un déversoir circulaire avale l’eau dans un mouvement vertigineux, créant une chute torrentielle qui évoque à la fois un gouffre artificiel et un vortex naturel. Avec Cathédrale (2019), une raffinerie industrielle se dissout dans une fumée bleutée avant de réapparaître sous forme de tours et de clochers gothiques. Les silhouettes industrielles et religieuses se superposent, révélant des continuités inattendues entre architecture sacrée et infrastructures énergétiques.
Dans Sphinx (2025), le vol stationnaire d’un papillon, le sphinx du liseron, dialogue avec des avions filmés de nuit. Le battement rapide de ses ailes, presque mécanique, brouille les échelles : insecte à la recherche de nectar et aéronef semblent partager un même vocabulaire dans un contraste saisissant de couleurs psychédéliques éclatantes.
Chiens (2018–2026) introduit la figure de vigilance. Un canidé monte la garde, à l’affût, dans une tension ambiguë entre ce qui relève du domestique et du sauvage. La posture du chien, oreilles dressées, pupilles dilatées, renvoie à une présence tendue, aux aguets dans l’obscurité.
Effaroucheurs (2018), diptyque en noir et blanc réalisé aux abords d’un aéroport, prolonge cette réflexion sur la surveillance. Filmés à la caméra infrarouge, les avions se métamorphosent en insectes lumineux, en objets volants indéterminés traversant l’obscurité. L’infrastructure se transforme en paysage spectral.
Au cœur de cet ensemble, Atlantique (2026), œuvre inédite produite par l’artiste pour Le Voyage à Nantes, approfondit cette recherche à partir du territoire nantais. Tournée à l’aéroport de Nantes, la vidéo suit les buses de Harris (une sorte de rapace) mobilisées comme agents d’effarouchement des autres oiseaux, afin qu’ils ne gênent pas le trafic aérien. Les pistes d’atterrissage apparaissent dans ce contexte comme un espace liminal : zone de transit hautement sécurisée, mais aussi milieu habité par des formes de vie animale.
La caméra est embarquée à bord d’une voiture sillonnant les pistes. Dans des plans évoquant des travellings cinématographiques, la vidéo suit les rapaces véhiculés en compagnie de leurs dresseurs. Associées à un dispositif technique complexe (fusées sonores, appeaux électroniques, véhicules de surveillance), les buses révèlent leur ambivalence : à la fois outils de régulation et présences vivantes irréductibles à leur fonction. Leur comportement excède toujours le rôle qui leur est assigné.
Autrefois fondées sur l’élimination, les pratiques d’effarouchement ont évolué vers une gestion plus fine du vivant : comprendre les trajectoires, adapter les milieux, composer avec les espèces. L’aéroport devient ainsi un territoire de négociation, lieu de pollution et de contrôle, mais aussi espace où certaines formes de vie trouvent des conditions d’existence inattendues.
Dans la pénombre des cryptes, ces images résonnent avec le lieu. Sous la cathédrale, le sol conserve les fondations d’un édifice traversé par les siècles ; les vidéos révèlent des territoires où le vivant persiste au coeur des architectures humaines. La descente sous terre devient une manière d’accéder à ces couches invisibles qui structurent nos environnements.
Prenant le contrepied d’une mise en scène, le travail d’Anne-Charlotte Finel s’articule autour d’une attention renouvelée pour l’étonnante richesse d’un quotidien passé au crible de sa caméra. Ses vidéos déplacent le regard vers les marges et les formes de cohabitation discrètes qui se jouent dans des paysages portant la trace indélébile de l’espèce humaine et composant avec d’autres règnes. Les images deviennent alors des veilles, attentives aux entrelacs du vivant
Anne-Charlotte Finel est née en 1986 à Paris, où elle vit et travaille.
Elle est représentée par la galerie Jousse Entreprise, Paris.
Voir le compte Instagram de l’artiste.
LE VOYAGE À NANTES REMERCIE LE DIOCÈSE DE NANTES ET LA DRAC PAYS DE LA LOIRE POUR LEUR ACCUEIL.
ATLANTIQUE A ÉTÉ RÉALISÉE AVEC LE SOUTIEN ET L’ACCUEIL DE L’AÉROPORT DE NANTES-ATLANTIQUE.
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Place Saint-Pierre, Nantes
Comment s'y rendre ?
Parkings à proximité : Parking Decré-Bouffay, Parking Cathédrale, Parking Baco-LU 1 côté gare, Parking Feydeau
Transports en commun : St-Pierre, Foch - Cathédrale, Foch-Cathédrale, Hôtel de Ville
Vélos en libre service : Station Naolib Vélo libre-service Verdun (n°48), Station Naolib Vélo libre-service Foch (n°32), Station Naolib Vélo libre-service Hôtel de ville (n°2), Station Naolib Vélo libre-service Strasbourg (n°3), Station Naolib Vélo libre-service (n°1012), Station Naolib Vélo libre-service Moulin (n°4), Station Naolib Vélo libre-service Préfecture (n°1), Station Naolib Vélo libre-service Duchesse anne (n°49), Station Naolib Vélo libre-service Château (n°50), Station Naolib Vélo libre-service Brossard (n°5)
Fermé aujourd‘hui
Du 4 juillet 2026 au 6 septembre 2026
Des gilets vibrants «Subpacs » permettent de ressentir le son de l’installation vidéo : ils sont disponibles gratuitement à l’emprunt sur place.
Merci à La Bouche d’Air / Maela Mainguy pour le prêt de ces équipements.