C’est à partir d’un texte méconnu de Jules Verne, Un prêtre en 1839, qu’Ali Cherri développe son installation. Verne y imagine l’effondrement d’une cloche dans cette même basilique : le sacré y bascule vers la violence, puis la violence est absorbée par la gestion — les traces effacées, l’édifice réparé, l’événement normalisé. Ali Cherri nomme ce mécanisme « la Machine du sacré » : derrière toute élévation, une infrastructure susceptible de se rompre.
La basilique Saint-Nicolas domine la place Félix-Fournier de sa verticalité néogothique. Construite entre 1844 et 1869, partiellement détruite par les bombardements de 1943 puis reconstruite, elle porte en elle les strates d’une histoire urbaine faite de ruptures et de réparations silencieuses.
C’est à partir d’un texte méconnu de Jules Verne, Un prêtre en 1839, qu’Ali Cherri développe son installation. Verne y imagine l’effondrement d’une cloche dans cette même basilique : le sacré
y bascule vers la violence, puis la violence est absorbée par la gestion — les traces effacées, l’édifice réparé, l’événement normalisé. Ali Cherri nomme ce mécanisme « la Machine du sacré » : derrière toute élévation, une infrastructure susceptible de se rompre.
Pour la place, son attention se porte sur un élément bien réel de la basilique : les anges musiciens qui ornent sa flèche, dont certains originaux ont disparu lors d’une précédente restauration, remplacés par des copies.
Ali Cherri s’empare de cette figure pour la fragmenter. Ailes et trompettes, coulées en aluminium industriel dont les lignes de soudure restent visibles, s’imposent à l’échelle architecturale. Une tête d’ange modelée en terre leur répond : à la permanence du métal, la fragilité de ce qui s’érode. L’ensemble repose sur une charpente de bois ouverte — entre chantier, ruine et reconstruction suspendue — qui révèle l’ossature plutôt que la façade, ce qui soutient plutôt que ce qui s’expose. Face aux anges à l’identique perchés en hauteur, le fragment au sol pose une question simple : qu’est-ce qui, aujourd’hui, mérite d’être élevé ?
Sur la place Félix-Fournier, l’espace s’organise au pied de la basilique Saint-Nicolas, édifice néogothique du 19e siècle. Sa verticalité spectaculaire domine la place et structure le paysage urbain. Construite entre 1844 et 1869 en lieu et place d’une ancienne église du 15e siècle devenue trop exiguë, partiellement détruite par les bombardements de 1943 puis reconstruite après la guerre, la basilique en porte encore les stigmates. Elle est ainsi un témoin des ruptures historiques et urbaines qui ont façonné la ville. C’est dans ce dialogue entre religion, monumentalité, mémoire urbaine et vie contemporaine que s’inscrit le projet d’Ali Cherri pour Le Voyage à Nantes 2026.
Artiste libanais dont la démarche interroge la mémoire, les ruines, les artefacts déplacés et les récits que les sociétés produisent autour des traumatismes, Ali Cherri explore le glissement entre l’événement et sa transformation en objet, entre l’histoire et sa mise en forme. Son travail examine la manière dont une catastrophe devient monument, comment une violence est absorbée et classée par des dispositifs institutionnels. Sculpture, installation ou vidéo deviennent chez lui des outils pour rendre visible ce que les récits officiels tendent à effacer.
Pour Nantes, son installation s’appuie sur un texte méconnu de Jules Verne, Un prêtre en 1839, écrit de jeunesse de l’auteur. Verne y imagine l’effondrement d’une cloche dans la basilique Saint-Nicolas. Dans cette fiction, le sacré bascule vers la catastrophe :
la cloche, poussée à l’extrême, semble s’animer jusqu’à ce que son battant devienne « comme un boulet de canon ». La sonorité liturgique glisse vers le vocabulaire de la guerre, et l’espace sacré se transforme en scène de violence physique.
La foule n’est plus une communauté de fidèles mais une masse compressible, emportée dans un mouvement de panique et de destruction. Le lieu, supposé protéger, devient un espace de vulnérabilité. À travers cette scène, Verne fait apparaître ce
qu’Ali Cherri identifie comme une « machine du sacré » ; derrière l’élévation, une infrastructure matérielle et humaine susceptible de se rompre.
Mais le récit ne s’arrête pas à l’effondrement. Il glisse vers une autre logique : celle de la gestion. Les traces sont effacées, les morts ensevelis, l’édifice réparé. La violence est absorbée par la reconstruction. C’est précisément ce mouvement, du sacré vers l’administration, de la catastrophe vers la normalisation, qu’Ali Cherri prolonge dans l’espace public. Son installation se situe ainsi à mi-chemin entre ruine et monument — ni commémoration ni restauration.
L’œuvre s’appuie sur une figure bien réelle de la basilique : les anges musiciens qui entourent la base de la flèche. Perchés dans les hauteurs, ces huit anges participent à l’identité visuelle de Saint-Nicolas. Ils incarnent l’élévation, la médiation entre ciel et terre. Pourtant, leur propre histoire est tout sauf paisible.
Déposés lors d’un chantier de restauration à la fin des années 2010, les anges originaux ont été remplacés par des copies.
Ces sculptures ayant été dispersées, des procédures judiciaires sont en cours pour permettre leur retour dans le patrimoine de la Ville de Nantes.
Cette histoire de perte, substitution et de retour résonne avec les questionnements d’Ali Cherri sur le statut de l’original et de la copie
Pour son projet, Ali Cherri ne reproduit pas ces figures, il les fragmente. Il extrait une tête, des ailes et des trompettes, qu’il amplifie à l’échelle architecturale. L’ange, symbole d’élévation et de transcendance, devient un corps morcelé. Les ailes et les instruments sont reproduits en fonte d’aluminium, matériau industriel, solide, durable, dont les lignes de soudure demeurent visibles, affirmant le caractère construit et non illusionniste de la sculpture. À ces fragments métalliques répond une tête d’ange modelée en terre. Ce contraste est central, l’aluminium, pérenne et structurel, dialogue avec la terre, matière fragile et modelable, vouée à l’érosion. L’installation met en jeu deux régimes de matière : l’un associé à la permanence, l’autre au retour à la poussière. L’ensemble est soutenu par une structure en sections de bois, reprenant l’esthétique d’une charpente de clocher. Cette architecture ouverte évoque à la fois un chantier, une ruine et une reconstruction en cours. Elle ne soutient pas un monument achevé mais un édifice en suspens. En révélant l’ossature plutôt que la façade, Ali Cherri met à nu ce qui soutient toute élévation. Derrière le dispositif sculptural affleure ainsi une réflexion sur les systèmes qui organisent la présentation, la réparation et la mise en récit des formes.
Face aux anges à l’identique perchés sur la flèche, le fragment au sol n’est ni ruine ni restauration. Il est ce qui reste quand on retire le socle ; la figure ramenée à sa propre pesanteur, et la question de ce qui, aujourd’hui, mérite d’être élevé.
Ali Cherri est né en 1976 à Beyrouth, Liban. Il vit et travaille à Paris et Beyrouth.
Il est représenté par la galerie Imane Farès et la galerie Almine Rech, Paris. Il a remporté le Lion d’argent pour sa participation à l’exposition internationale de la 59e Biennale internationale d’art contemporain de Venise en 2022.
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Visites
Visites flash 7j/7 à 15h30 et 17h30. durée 20-30 minutes, gratuit, sans réservation et dans la limite des places disponibles.
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L’instant patrimoine
Dans le cadre de ce projet, la Direction du Patrimoine et de l’Archéologie de Nantes Métropole, sur proposition d’Ali Cherri, présentera, à l’intérieur de la basilique, l’un des huit anges originaux de la basilique Saint-Nicolas.
3 Pl. Félix Fournier, 44000 Nantes
Comment s'y rendre ?
Parkings à proximité : Parking Commerce, Parking Tour Bretagne, Parking Decré-Bouffay, Parking Graslin, Parking Feydeau, Parking Aristide Briand
Transports en commun : Commerce, St-Nicolas, Place du Cirque
Vélos en libre service : Station Naolib Vélo libre-service Guépin (n°9), Station Naolib Vélo libre-service Boucherie (n°8), Station Naolib Vélo libre-service Commerce (n°30), Station Naolib Vélo libre-service Bretagne sud (n°13), Station Naolib Vélo libre-service Calvaire (n°11), Station Naolib Vélo libre-service Duguay trouin (n°29), Station Naolib Vélo libre-service Place du cirque (n°6), Station Naolib Vélo libre-service Moulin (n°4), Station Naolib Vélo libre-service Bourse (n°31), Station Naolib Vélo libre-service Bouffay (n°20)
Fermé aujourd‘hui
Du 4 juillet 2026 au 6 septembre 2026