Ali Cherri ne se contente pas de présenter des œuvres dans un musée : il dialogue avec l’institution elle-même. La figure du gardien devient alors polysémique : gardien des objets, gardien des récits, gardien des frontières visibles ou invisibles qui déterminent ce qui entre dans l’Histoire et ce qui en est exclu.
Le Musée Dobrée, propriété du Département de Loire-Atlantique, est un musée né de dons et de legs, portant l’empreinte de ceux qui ont collecté et transmis des objets venus de multiples géographies et temporalités. Ce geste du collectionneur pose déjà des questions : qui a le pouvoir de s’emparer d’un objet pour le préserver ? Selon quels récits ?
En investissant ce lieu, Ali Cherri ne se contente pas de présenter des oeuvres dans un musée — il dialogue avec l’institution elle-même. Fil conducteur de l’exposition : la figure du gardien, entendue au sens large. Gardien des objets, des récits, des frontières visibles ou invisibles qui déterminent ce qui entre dans l’Histoire et ce qui en est exclu.
Dans Champ/Contrechamp, trente yeux en verre fixés au mur convergent vers le visiteur. Le regard, habituellement unilatéral dans l’espace muséal, devient soudain réversible : qui observe qui ?
La série sculpturale Returning the Gaze pousse plus loin ce renversement : des visages en bronze, moulés à partir d’artefacts égyptiens réels, regardent en retour. L’objet pillé, classifié, manipulé, reprend visage et puissance.
Somniculus plonge le visiteur dans des salles désertées où un homme dort parmi momies et taxidermies. The Watchman filme un soldat qui monte la garde nuit après nuit sur un mirador, le long d’une frontière contestée. Entre veille et hallucination, le film pose la question du coût de tenir un poste — surveiller une limite dont la légitimité est en question. Gardien de patrimoine, gardien de frontière : le même geste, la même solitude, peut-être la même ambiguïté.
En parallèle de son installation présentée place Félix Fournier, Ali Cherri investit le manoir du musée Dobrée avec une exposition conçue autour de la figure des gardiens. À travers un ensemble d’oeuvres (Champ/Contrechamp, la série sculpturale Returning the Gaze, ainsi que les films Somniculus et The Watchman), l’artiste propose une réflexion sur les relations entre regard, pouvoir et mémoire, en résonance directe avec l’histoire et la nature même du musée Dobrée.
Musée né de dons, de legs et de passions individuelles, le musée Dobrée porte en lui l’empreinte de celles et ceux qui ont collecté, conservé et transmis des objets venus de multiples géographies et temporalités. Cette histoire, marquée par le geste du collectionneur, interroge déjà la question du choix : que décide-t-on de préserver ? Selon quels critères ? À partir de quels récits ?
En inscrivant son exposition dans ce contexte, Ali Cherri ne se contente pas de présenter
des oeuvres dans un musée : il dialogue avec l’institution elle-même. La figure du gardien devient alors polysémique : gardien des objets, gardien des récits, gardien des frontières visibles ou invisibles qui déterminent ce qui entre dans l’Histoire et ce qui en est exclu.
Dans Champ/Contrechamp, trente yeux en verre prothétique (prothèses oculaires arrachées à leur usage médical, désormais fixées au mur) convergent vers le visiteur. Ces yeux ne regardent pas : ils fixent. Le regard, traditionnellement unilatéral dans l’espace muséal, du spectateur vers l’objet, devient soudain réversible, presque inconfortable.
Qui observe qui ?
Ce déplacement, subtil mais décisif, ébranle les hiérarchies implicites du regard muséal. Chaque pièce de Returning the Gaze réunit un visage en bronze (moulé à partir d’artefacts égyptiens réels, cercueils anthropoïdes ou fragments de statues) et une photographie montrant ces mêmes objets saisis entre des mains gantées de conservateur. La greffe est littérale : l’artefact pillé, classifié, manipulé, reprend visage. Il regarde. En rendant aux figures représentées leur puissance propre, Ali Cherri propose une lecture critique des mécanismes de monstration et de classification qui structurent les collections occidentales : circulations d’objets, déplacements forcés, extractions archéologiques, appropriations culturelles.
Somniculus (du latin, « sommeil léger ») plonge le visiteur dans des salles de musée désertées, où une caméra s’attarde sur les collections dans la pénombre. Un homme y dort, parmi les momies, les taxidermies, les fragments de civilisations non-occidentales.
Le film interroge ce que signifie conserver : ces objets arrachés à leur contexte d’origine, classifiés, étiquetés, survivent dans un entre-deux, ni tout à fait morts, ni tout à fait vivants. Leurs yeux de verre nous regardent. L’absence de regard, parfois, est encore plus troublante.
Avec The Watchman, la figure du gardien glisse vers quelque chose de plus ambigu. Dans un paysage réel et politique (les collines de Chypre, le long d’une frontière que la communauté internationale ne reconnaît pas) un soldat monte la garde nuit après nuit sur un mirador, scrutant l’horizon. L’ennemi n’arrive pas. Le temps se disloque. Entre veille et sommeil, réalité et hallucination, le film explore ce que coûte de tenir un poste : surveiller une limite dont la légitimité même est en question. Dans le manoir Dobrée, cette figure résonne autrement. Le gardien du patrimoine et le gardien de frontière partagent le même geste, la même solitude, et peut-être la même ambiguïté.
En mettant en relation ces différentes figures : gardiens d’objets, gardiens d’institutions, gardiens de territoires, Ali Cherri révèle les continuités entre mémoire patrimoniale et structures de pouvoir contemporaines.
Au sein de cette exposition, dans le manoir du musée Dobrée, les oeuvres instaurent une tension silencieuse. Le visiteur circule dans un espace où les regards se croisent, où les présences semblent veiller.
L’exposition ne cherche pas à délivrer un discours univoque. Elle installe un doute. Elle invite à ralentir, à observer, à prendre conscience des cadres invisibles qui structurent notre manière de regarder.
Ali Cherri est né en 1976 à Beyrouth, Liban. Il vit et travaille à Paris et Beyrouth.
Il est représenté par la galerie Imane Farès et la galerie Almine Rech, Paris.
Voir le compte Instagram de l’artiste.
Du même artiste
Musée Dobrée, Place Jean V, Nantes
Comment s'y rendre ?
Parkings à proximité : Parking Médiathèque, Parking Graslin
Transports en commun : Édit de Nantes, Copernic - Musées, Copernic, Médiathèque, Chantiers Navals
Vélos en libre service : Station Naolib Vélo libre-service Alger (n°36), Station Naolib Vélo libre-service Racine (n°33), Station Naolib Vélo libre-service Lamoricière (n°75), Station Naolib Vélo libre-service Médiathèque (n°34), Station Naolib Vélo libre-service Brunelière (n°41), Station Naolib Vélo libre-service Delorme (n°12), Station Naolib Vélo libre-service René bouhier (n°76)
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Du 4 juillet 2026 au 31 août 2026
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Du 1 septembre 2026 au 6 septembre 2026
de 10h00 à 18h00 les mercredi, jeudi, vendredi, samedi, dimanche
Fermé : les lundis et les mardis.
Accès avec un billet gratuit délivré à l'accueil du musée.
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Le musée a le label Tourisme & Handicap, pour tous les types de handicap.
Café Dobrée : 5j/7 du mercredi au dimanche : 10h – 18h