Pour la place Graslin, Théo Mercier travaille à partir du sable, matière au cœur de sa pratique sculpturale depuis plusieurs années, qu’il investit ici pour la première fois en extérieur.
Autodidacte revendiqué, Théo Mercier développe une pratique qui refuse les cloisonnements : sculpture, performance, installation in situ… Ce qui traverse tout son travail, c’est une obsession pour la matière en transformation, le déchet qui devient organisme, l’objet qui mue, l’architecture qui respire. Il construit des fictions visuelles où passé et présent s’érodent mutuellement, non sans humour ni étrangeté.
Pour la place Graslin, l’artiste travaille à partir du sable, matière au cœur de sa pratique sculpturale depuis plusieurs années, investie ici pour la première fois en extérieur. Sur le parvis de l’Opéra néoclassique, il imagine une éruption lente et tellurique : une vague de sable compacté en forme d’ammonites géantes surgit du sol, entraînant dans son mouvement des voitures à moitié ensevelies et des gravats. Ces derniers proviennent des chantiers de la ville, matériaux collectés et transformés au quotidien, témoins des mutations continues de Nantes sur elle-même. Quant aux voitures, elles rappellent un passé récent où la place, aujourd’hui piétonne, était encore traversée par la circulation.
De l’habitacle de chacune d’elles s’échappent des pièces d’opéra transformées, maintenant le lien sonore avec le bâtiment qui domine la place. Fossil Opera compose ainsi une stratigraphie vertigineuse : le sable de nos constructions, les débris de nos démolitions, les voitures de notre modernité, tout cela confus, enfoui, et soudainement restitué à la lumière.
À la fin du 18e siècle, Jean-Joseph-Louis Graslin, receveur général des Fermes du royaume, souhaite créer un nouveau quartier à l’ouest de la ville, sur la colline dominant le port. Il confie le projet à Mathurin Crucy, architecte-voyer de la ville, chargé de dessiner à la fois le quartier et le théâtre qui en sera le cœur. La place en hémicycle qui voit le jour est pensée comme un dispositif de mise en scène réciproque : depuis les balcons des immeubles riverains, les habitants admirent le spectacle de la ville ; depuis les balcons du théâtre, ils se divertissent du spectacle des hommes. Un geste fondateur : dompter la matière brute, lui substituer la pierre taillée, l’ordonnance néoclassique. Avec Fossil Opera, Théo Mercier rouvre ce sol dompté, non pour effacer le geste de Graslin, mais pour faire resurgir ce qu’il recouvrait.
Autodidacte revendiqué, Théo Mercier a développé une pratique qui refuse les cloisonnements. Sculpture, performance, mise en scène, installation in situ : les médiums sont chez lui des vases communicants. Ce qui traverse l’ensemble de son œuvre, c’est une obsession pour la matière en transformation, l’objet qui mue, le déchet qui devient organisme, l’architecture qui respire. Il envisage la sculpture comme un metteur en scène, et la mise en scène comme un sculpteur. Puisant dans l’anthropologie, la géopolitique et la mémoire collective pour composer des œuvres situées à la lisière de l’animé et de l’inanimé, du statique et du mobile, il construit des fictions visuelles où le passé et le présent s’érodent mutuellement, non sans humour ni étrangeté.
Pour Graslin, Théo Mercier convoque le sable, matière au cœur de sa démarche depuis plusieurs années, et avec laquelle il investit pour la première fois l’espace public, en extérieur. Sur le parvis de l’Opéra, il en orchestre une éruption lente et tellurique : le sol semble se fendre pour laisser remonter, depuis les entrailles de la place, une vague de sable compacté et sculpté en forme d’ammonites géantes, s’élevant jusqu’à 4,40 mètres. La topographie se retrouve bouleversée, entre séisme et rêve. Comme soulevé par cette impulsion souterraine, l’enfoui resurgit à la surface : des gravats arrachés aux chantiers nantais, témoins muets des mutations continues de la ville ; des voitures à moitié ensevelies, vestiges du temps récent où la place aujourd’hui piétonne était encore livrée à la circulation. Le temps d’un été, la place se fait terre, endroit de tous les possibles, de toutes les naissances, de toutes les révolutions ; lieu d’enfouissement et de surgissement, de soulèvement, de glissement et de tremblement.
À ce soulèvement de la matière répond une autre force : le son. Diffusant chacune leur partition depuis l’habitacle, les voitures contrebalancent la brutalité éruptive du séisme. Comme si, dans ce chaos, l’opéra reprenait ses droits. Elles deviennent les interprètes de cette partition à ciel ouvert, témoins vivants d’opéras qui se rejouent sur la place. Fossil Opera se fait alors objet scénique autant que sculpture : l’installation rejoue, à sa manière, la vocation de la place Graslin, dédiée depuis sa naissance au théâtre et à l’opéra. Elle compose une stratigraphie vertigineuse, le sable de nos constructions, les débris de nos démolitions, les voitures de notre modernité. Tout cela confus, enfoui, et soudainement restitué à la lumière.
Fidèle à la démarche de l’artiste, Fossil Opera n’est qu’un emprunt fait à la matière : le sable provient de carrières de la région, les gravats des chantiers de la ville, les voitures d’un garagiste nantais. À l’issue de l’événement, chaque élément regagnera son circuit d’origine. La matière rendue là où elle fut puisée, comme si l’installation n’avait été qu’une parenthèse dans le cycle continu des transformations de Nantes.
Théo Mercier est né en 1984 à Paris, il vit et travaille à Paris.
Il est représenté par la galerie mor charpentier (Paris, Bogota), et il est artiste associé au CCN Ballet national de Marseille dans le cadre du dispositif soutenu par le ministère de la Culture.
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Visites
Visites flash 7j/7 à 11h30, 16h et 18h. durée 20-30 minutes, gratuit, sans réservation et dans la limite des places disponibles.
Pl. Graslin, 44000 Nantes
Comment s'y rendre ?
Parkings à proximité : Parking Graslin, Parking Médiathèque, Parking Gloriette 2, Parking Commerce, Parking Aristide Briand, Parking Descartes
Transports en commun : Médiathèque, Copernic - Musées, Copernic, Delorme
Vélos en libre service : Station Naolib Vélo libre-service Racine (n°33), Station Naolib Vélo libre-service Médiathèque (n°34), Station Naolib Vélo libre-service Delorme (n°12), Station Naolib Vélo libre-service Bourse (n°31), Station Naolib Vélo libre-service Calvaire (n°11), Station Naolib Vélo libre-service Duguay trouin (n°29), Station Naolib Vélo libre-service Guépin (n°9), Station Naolib Vélo libre-service Félix éboué (n°37), Station Naolib Vélo libre-service Aristide briand (n°15), Station Naolib Vélo libre-service Alger (n°36)