Le voyage en hiver
De Sainte-Anne à Toutes-Aides
À flot d’airain
Dominique Blais

Dominique Blais tisse des liens entre les composantes visuelles et sonores de notre environnement. Travaillant à la limite du perceptible, il explore le lien ténu entre visible et invisible à travers des installations qui questionnent le rapport au lieu, à la mémoire. Par de subtils jeux de transposition, l’artiste prend à revers nos attentes et déroute nos sens, les ouvrant à de nouvelles possibilités de perception.

À l’occasion du Voyage en hiver, Dominique Blais propose de réactiver les cloches dans la ville. En dehors de certaines fêtes ou cérémonies, les clochers des églises nantaises n’ont plus l’habitude de sonner. Alors que la présence et la portée symbolique des clochers dans le paysage urbain sont considérables, leur usage civil s’est perdu dans la cité.

Ici, point de tintement pour donner l’heure. À flot d’airain, ce sont les cloches des églises de Nantes qui se font entendre par vagues. À la tombée de la nuit, un premier mouvement sonore s’opère furtivement d’ouest en est et d’est en ouest. Cette succession de tintements parcourant les berges de Loire préfigure une réplique plus ample, quelque temps plus tard, qui déferle de part et d’autre de la ville par volées pour rejoindre l’hyper-centre à l’image d’une onde de marée de la Loire si singulière à Nantes – comme si le son des cloches se réverbérait d’édifice en édifice avant de se répercuter sur le fleuve attenant.

Reprenant la topographie de la ville-port, l’artiste met en mouvement le son des cloches comme un souffle qui traverse les quartiers en suivant les cours contradictoires du fleuve. Si l’on regarde une carte de la ville, on constate que les édifices religieux sont regroupés sur des axes verticaux qui jalonnent la Loire.

Cette dernière est un élément clé et un amplificateur du projet : dans le prolongement des églises, au niveau de chaque pont traversant le fleuve, des haut-parleurs reprennent les sonneries des édifices les plus proches. Ces dispositifs d’amplification orientés vers la surface de l’eau jouent un rôle de miroir pour réverbérer le son.

Plusieurs expériences d’écoute dans les bruissements de la ville sont ainsi proposées aux visiteurs : de façon localisée au pied des édifices ; ou depuis les rues ou les avenues où l’on pourra entendre les cloches plus éloignées ; mais aussi de manière plus étendue en se rapprochant du fleuve, qui porte le son et son mouvement depuis Sainte-Anne et Toutes-Aides.

Cloches de Saint-Donatien

Tel un rituel de fin d’année, cette partition est activée tous les jours aux mêmes heures comme une invitation à la contemplation et effectuera son retour pour révéler chaque année un patrimoine immatériel commun, singulier, autant intime qu’historique.

Dominique Blais est né en 1974 à Châteaubriant, il vit et travaille à Paris. il est représenté par la galerie Xippas (paris).

Cette œuvre a été réalisée grâce au soutien de la Compagnie de Phalsbourg.