Depuis la première édition du Voyage en hiver, Dominique Blais met en mouvement le son des clochers de la ville à la façon d’un souffle traversant l’espace urbain, longeant le fleuve d’est en ouest, et reprenant la topographie de la ville-port.
À proximité des églises concernées, l’artiste a investi les ponts et les grues attenantes pour y installer des haut-parleurs et ainsi amplifier les sonneries des édifices religieux. La Loire jouait un rôle de réflecteur, de miroir, pour réverbérer le son et intensifier la propagation de l’œuvre.
Cette année, pour l’Acte IV de l’œuvre, les sites de réverbération se déplaceront du lit de la Loire pour investir celui de l’Erdre, en créant une interconnexion entre le fleuve et son affluent. La vague sonore reprend un fil plus étroit, soulignant la cartographie de la rivière souterraine (écluse Saint-Félix, abords du Lieu Unique, cours Saint-Pierre et Saint-André, tunnel du canal Saint-Félix).
Ce nouvel axe proposé par Dominique Blais induit un nouveau point d’écoute qui viendra enrichir les précédentes expériences d’écoute (Place du Change, douves du Château, Bras de la Madeleine). Sur le quai Ceineray, un temps fort soulignera ce nouveau fil sonore comme une pulsation. Le Bourdon Robert de l’Abbaye royale de Fontevraud, par ses sonorités graves, fera écho à l’Erdre enfouie. Il entrera en résonance avec le cours invisible qui traverse la ville, les échos déplacées racontant ainsi l’histoire d’une ville recomposée.
Chaque jour, une succession de tintements prélude à une réplique plus ample, qui déferle à l’image d’une onde de marée. À 13h13, 17h17 et 18h18, des concerti apparaissent comme le point d’orgue de la composition. Tels deux solistes, les cloches de la Basilique Saint-Nicolas (répliquées à la passerelle Schoelcher) et de l’église Sainte-Croix (répliquées sur le pont Haudaudine) font entendre leurs timbres d’airain et émettent des sonorités aquatiques renvoyant à la présence toute proche de la Loire. Cette année, ces concerti se déploieront également au Lieu Unique, comme pour annoncer et accompagner ce nouveau parcours de la balade sonore proposée par Dominique Blais.
Quelques minutes après ces concerti, des tintements persistants surgissent dans les douves du Château des ducs de Bretagne. Dans sa partition, Dominique Blais intègre avec harmonie les cinq cloches du projet À toute volée de l’Abbaye royale de Fontevraud. Le son des tintements se réfléchit sur les murs du château et produit à la surface de l’eau des cercles concentriques – comme des reflets isuels du son produit par les cloches. À Flot d’airain célèbre la singularité de Nantes, la rendant vibrante de son patrimoine immatériel tout en insufflant une nouvelle vie aux clochers de la cité.
Dominique Blais est né en 1974 à Châteaubriant, il vit et travaille à Paris. Il est représenté par la galerie Xippas (Paris).
Préservation et valorisation du patrimoine grâce au projet de Dominique Blais qui a permis de rénover 10 clochers et d’installer de nouveaux équipements dans six d’entre eux.
« 10 clochers ont été rénovés. Les cloches sont un son oublié qui fait partie de notre histoire. C’est important de le réhabiliter car il accompagne la vie des hommes depuis si longtemps ».
Père Le Huen, en charge de la paroisse Notre-Dame de Nantes
Le Noël de Dominique Blais
Que représentent pour vous les fêtes de fin d’année ?
C’est la trêve des confiseurs ! Journées courtes, nuits longues, et des images récurrentes : le froid ambiant, les couches de vêtements, les boissons chaudes, les odeurs épicées, les foules dans les rues, les lumières blanches et colorées, et bien entendu le son des cloches qui résonnent dans les airs.
Avez-vous un/des rituels particuliers ?
Arpenter les rues de la ville où je me trouve, à l’écoute de mon environnement immédiat.
Selon vous, en quoi Le Voyage en hiver s’inscrit dans ces traditions ?
Au travers de commandes à des artistes pour (ré)investir la ville de Nantes avec des propositions sculpturales, lumineuses et sonores, immersives et festives, Le Voyage en hiver s’inscrit dans une tradition généreuse d’amener l’art dans l’espace public, au contact des habitants et des touristes. Dans le contexte particulier d’une période de fêtes, les artistes conservent la liberté d’imaginer des projets en adéquation avec la commande et les réalisent à destination exclusive du public.
Comment vos œuvres s’inscrivent dans ce contexte particulier ? Cela a-t-il eu un impact sur votre manière de penser l’œuvre ?
Le contexte est au cœur de ma démarche artistique. L’œuvre À Flot d’airain est évidemment pleinement envisagée – pensée et produite – pour la ville de Nantes pendant cette période de fêtes ! Elle invite le public à s’arrêter, prendre le temps, se rassembler, écouter. C’est une invitation à une pause (méditative) dans le tumulte de la ville. C’est d’une certaine façon un nouveau rituel pour les familles nantaises.
Êtes-vous pour ou contre les films de Noël ? Ouvrez-vous les cadeaux le soir du 24 ou le matin du 25 ? Bûche pâtissière ou bûche glacée ?
Si on parle de films comme It’s a Wonderful Life de Frank Capra, je dis pour !
Comment ouvrir des cadeaux le soir du réveillon alors même que le père Noël ne serait pas encore passé !? Une hybridation : bûche pâtissière glacée.
Points d’écoute et horaires :
Les cloches sonnent les heures de 9h à 21h aux emplacements suivants : Passerelle Victor-Schoelcher, Pont Haudaudine, Pont Général Audibert, Écluse Saint-Félix, Lieu Unique, Porte Saint-Pierre, Quai Ceineray, Pont Saint-Mihiel, Château des ducs de Bretagne.
Temps forts :
- Bourdon de l’Abbaye Royale de Fontevraud à 13h, 17h et 18h : Quai Ceineray
- Concertos à 13h13, 17h17 et 18h18 : Place du Change, Place Sainte-Croix, Place Félix-Fournier, Lieu Unique, Passerelle Schoelcher, Pont Haudaudine.
- Cloches de l’Abbaye royale de Fontevraud à 13h30, 17h30 et 18h30 : Douves du Château des ducs de Bretagne